Le Temple

Ce rustique oratoire de pierre est situé sur une hauteur, d'où l'on découvre un très beau paysage, celui de la Haute-Broye.

Le village de Châtillens appartenait primitivement à l'Abbaye de Saint-Maurice en Valais. Puis au milieu du XIIe siècle, l'Abbaye de Haut-Crêt fondée à Les Tavernes reçut des moines de Saint-Maurice une part du village et, dès lors, l'église fut desservie par les religieux de ce couvent qui appartenait à l'ordre de Cîteaux.

Placée sous le triple patronage de Saint-Maurice, de Saint-Pancrace et des Saints-Innocents, l'église de Châtillens possédait une image de Saint-Pancrace qui était l'objet d'une grande vénération. Lieu de pélerinage célèbre, on y apportait les enfants morts sans baptême, l'image de Saint-Pancrac ayant, disait-on, le pouvoir de les ressusciter juste le temps nécessaire pour leur administrer ce sacrement. En 1538, les Bernois firent brûler cette image et Châtillens passa au culte réformé.

Les fouilles effectuées lors des travaux de 1913 ont permis de reconstituer trois églises successives établies sur le même emplacement : la première, d'époque romane du Xe siècle ou XIe siècle, la deuxième, du XlVe siècle ou XVe siècle, époque où fut construit le choeur carré surmonté par une croisée d'ogive, la troisième, enfin, qui est l'édifice gothique actuel.

Le plan de l'abside romane fut retrouvé nettement tracé. L'abside était reliée à la nef actuelle qui, elle même, fut construite sur les murs de la nef primitive.

Des monnaies furent trouvées, les plus anciennes remontant au XIIe siècle ; il y avait notamment 9 deniers à la rose de Jean de Prangins.

Pour parvenir dans l'église, il faut d'abord franchir une grille et descendre un escalier aux marches très anciennes. Nous voici sous la tour où des ouvertures grillagées conduisent à la galerie. Dès que les yeux s'habituent à la pénombre de l'intérieur, on ressent une impression d'harmonie, une lumière colorée descend des vitraux du peintre Louis Rivier.

Dans la nef, on remarque le plafond de bois, horizontal avec poutres en saillie et moulurées. Au centre, un écusson porte la date de 1606. Une belle chaire de marqueterie de 1621 est remarquable. On y voit les ours de Berne et les armoiries du Bailli Stettler. Dans une paroi de la nef a été encastrée une grande dalle funéraire, très beau travail de sculpture et de gravure, portant une inscription peu banale et rare, en ce qu'elle donne les dernières paroles très belles prononcées par la défunte. Trouvée en 1893, l'inscription rappelle la mémoire de Johanna-Magdalena von Wattenwyl, Baillive d'Oron, décédée le 21 mars 1700 à l'âge de 44 ans.

Un bel arc triomphal sépare la nef du choeur. Là, est déposé un magnifique chapiteau du couvent de Haut-Crêt aujourd'hui totalement disparu. Il fut trouvé par un paysan à qui, il servit d'enclume pour "enchappeler" sa faux... Ce chapiteau d'un style très pur, est de grande dimension, supporté par un culot. Dans la paroi méridionale du choeur, on remarque la piscine avec deux trous pour laisser couler l'eau ayant servi à l'officiant, plus loin une niche ou crédence qui servait à conserver les objets nécessaires au culte. Des stalles à trois places du XVIIe siècle sont d'un dessin sobre. On peut encore admirer la grande fenêtre gothique du choeur, et sur les parois latérales, deux charmantes fenêtres en tiers-point avec couronnement trilobé du début du XVe siècle.

Une petite chapelle qui s'ouvre sur la nef, au sud, et fait saillie rectangulaire à l'extérieur, a probablement été construite par Jean 1er, Comte de Gruyère, Baron d'Oron et propriétaire de la Dausaz, vers le commencement du XVIe siècle.

Au-dessus de l'entrée, des orgues font briller leurs tuyaux argentés. Le passage au porche, voûté en berceau, ouvert sous le clocher ne manque pas de caractère. La masse rectangulaire du clocher s'élève jusqu'à l'étage des cloches lequel est percé, sur chaque face, d'une baie en tiers-point. Cet étage renferme quatre cloches : deux grandes très belles et d'un grand intérêt historique, que le Comte de Gruyère, Jean Ter fit placer à quelques années de distance, en 1502 et 1506. C'est en 1946, que deux familles de la paroisse offrirent chacune une cloche ; La Paix et La Reconnaissance.

En continuant le tour extérieur de l'église, on est frappé par le toit octogonal du clocher, il est aussi grand que la tour.

Au nord, la sacristie, petite annexe a été créée en 1913. Tout à côté, encastrée dans le mur, une petite dalle rappelle le souvenir d'un petit enfant tué, en 1796, à l'âge de 5 ans dans un accident de voiture. Il était le fils de J.-R. de Mulinen, dernier Bailli d'Oron.
LL. EE. de Berne comme fief au XVIIe siècle et devint ainsi la propriétaire de cette chapelle. Le vitrail qui orne la grande baie à deux lancettes cintrées, couronnées en accolades et surmontées d'une rosace, porte les armes de ces deux familles.

L'église de Châtillens fait maintenant partie d'une grande paroisse rurale (Oron-Palézieux) composée de douze villages.

Elisa Rossier

Ci-dessous les relevés effectués en 2007 pour le dossier Monuments d'Art et d'Histoire