Les Cloches
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Les cloches de l'église de Châtillens

Un dimanche sans cloches n'est pas un dimanche, dit-on, volontiers. Ecrivains et poètes ont célébré, leur symbolique poésie, et qui n'a pas entendu et goûté, par un radieux matin de Pâques, le chant solennel qu'entonnent les cloches de nos églises, proclamant au monde que le Christ est ressuscité.
Les cloches ont toujours pris une part importante dans la vie d'une communauté. Elles nous appellent à la prière, nous invitent à l'oraison. Elles sonnent pour tous les événements de la vie, les naissances, les mariages, et aussi pour le dernier voyage vers la Maison du Père.
Quelles furent les premières cloches qui tintèrent dans le vénérable clocher de l'église de Châtillens.
Les deux plus anciennes, très belles rappellent le règne du comte Jean 1er de Gruyère, le dévot et galant chevalier. A la tête du comté de 1500 à 1514, il les fit placer dans la tour à quelques années de distance, en 1502 et 1506.
La plus grande qui porte la date de 1502, présente un diamètre à sa base de 91 cm. Son poids en bronze est d'environ 450 kilos. Elle porte au sommet en beaux caractères gothiques l'inscription suivante: IHS MARIA. SANCTVS MAVRICIVS. SANCTI INNOCENTES. SANCTVS PANCRACIVS qui rappelle que l'église était placée sous le triple patronage de Saint-Maurice, de Saint-Pancrace et des Saints-Innocents. Au-dessous, une inscription de grand intérêt historique: IOHANNES COMES GRVERIE. ANNO DOMINI MILLESIMO CCCC.II.
Les médaillons rectangulaires sont: Le Christ au tombeau, type habituel, entouré des instruments de la passion. La Vierge avec l'Enfant sur le bras gauche. Le Christ en croix avec les deux saintes femmes. Puis un très beau médaillon circulaire représentant l'Annonciation, ce médaillon suit exactement le type usuel de cette époque, qui est reproduit sur les peintures murales, les miniatures et les catelles vernissées des fourneaux d'appartements: la Vierge agenouillée sur un prie-Dieu et, en face d'elle, l'ange la saluant des mots:- Ave Maria gracia plena dominus tecum benedicta tu in mulieribus.
La deuxième cloche de 1506, d'un diamètre à la base de 79 cm, pèse 300 kilos et porte au sommet le texte très fréquent: XPS VINCIT. XPS REGNAT. XPS IMPERAT. XPS AB OMNI MALO NOS DEFENDAT. MVYI.

Les légendes sont en caractères gothiques et l'on remarque la forme anormale de la date de cette cloche.
Comme médailles figurent l'Annonciation déjà citée; de nouveau le Christ au tombeau; une Sainte-Barbe; Saint-Jean au désert, puis une très grande représentation du Christ en croix. Au-dessus de la tête du Christ, le INRI habituel, puis sur le soubassement de la croix, en forme de marche, une inscription très fine, d'une lecture peu aisée.
Lors du projet d'installation de deux nouvelles cloches (1946) une étude de la Fonderie de cloches Rüetschi à Aarau donne les précisions suivantes sur l'état des cloches existantes "Ces cloches sont munies d'un joug et d'un levier en bois, de simples coussinets et d'un battant dont le dessous est très court. La suspension du battant est faite par une courroie en cuir et d'un appareil permettant de tourner la cloche.
Déjà tournées une fois, on devrait les tourner à nouveau pour procurer au battant de ces cloches de nouveaux points de frappements aux parois, les actuels étant très usés."
Un extrait de compte de la paroisse d'OronChâtillens vient confirmer ce travail: 1868 - Livré au fondeur Décosterd pour avoir réparé les cloches du temple de Châtillens, f. 243.45
- Les cloches furent retournées pour que le battant ne frappe plus au même endroit. -
La sonnerie de ces cloches, nous dit Charles Pasche, avait jadis la réputation d'être très efficace contre la foudre et la grêle. On raconte qu'à la Réformation les paroissiens d'Auboranges regrettèrent fort, pour cette raison, d'être détachés de la paroisse de Châtillens.
En 1946, deux nouvelles cloches, fondues chez Rüetschi à Aarau, furent ajoutées aux anciennes; le beffroi reconstruit complètement en chêne et la sonnerie électrique installée pour toutes les cloches.
C'est le lundi de Pâques, 22 avril 1946, que les nouvelles cloches furent hissées au clocher par tous les enfants de la paroisse et en présence d'une foule considérable. Amenées en cortège sur des chars fleuris jusqu'à la terrasse de l'église, les deux cloches furent consacrées au service de Dieu et bénies par le pasteur F. Forel. Divers discours furent prononcés par les autorités de la paroisse ainsi que par M. Lucien Rubattel, qui, à cette époque, était Conseiller d'Etat.
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Ces cloches portent chacune une dédicace. L'une est un hommage personnel, l'autre est un acte de piété filiale.
La plus grande d'un poids de 1000 kilos, appellée - La Reconnaissance - porte dans son bandeau supérieur les armoiries des neuf communes de la paroisse d'Oron-Châtillens, soit: le croissant d'Oron qui voisine avec celui de Bussigny accompagné de son cabri; le coucou d'Essertes avec l'aigle d'Oron-le-Châtel; la bande échiquetée et les deux coupes des Tavernes avec la crosse des Thioleyres; les trois maisonnettes de Chesalles avec le lion de Vuibroye et le clocher de Châtillens.
Tous ces emblèmes sont entrelacés de grappes et d'épis. Plus bas, on peut lire la prière que cette cloche fait monter pour nous vers le ciel: Mon âme bénis l'Eternel et n'oublie aucun de ses bienfaits - et - Chantez à l'Eternel un cantique nouveau.
De très beaux reliefs représentent: l'image de l'ange assis au bord du tombeau vide où demeurent seuls quelques linges abandonnés et qui dit aux trois femmes arrêtées devant lui: Jésus est ressuscité; nous trouvons plus loin l'agneau. Au-dessus de l'inscription La Reconnaissance l'image de deux anges qui portent un écusson représentant l'église de Châtillens, selon un ancien sceau de la paroisse datant du XVIIe siècle; sous les armoiries de la famille donatrice, cette dédicace "En souvenir de nos parents: Charles-Louis Jan et Marie-Sophie née Kopf, bourgeois de Châtillens".
Enfin nous trouvons un verset de l'Apocalypse "Amen! Louange, gloire, sagesse, honneur, action de grâce, puissance et force soient à notre Dieu au siècle des siècles. Amen!"
Cette cloche est accordée en fa.
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La deuxième cloche, plus petite, pèse 600 kilos. Elle est appelée La Paix - Elle porte également dans son bandeau supérieur les armoiries des communes de la paroisse, entrelacées d'épis de blé.
Plus bas, on lit cette invocation:
Souviens-toi du jour du Seigneur. - Louez l'Eternel dans son sanctuaire. Le décor de cette cloche est formé d'empreintes moulées dans le bronze même, ce sont: la Colombe entourée de rayons,emblème de la Paix dont la cloche prote le nom; une très belle représentation de la Croix du Calvaire entourée de Maire et de Saint-Jean avec ces mots :
Tout est accompli.
La cloche porte cette dédicace:
Don de M. Rubattel-Favre, président.
Elle est accordée en la bémol et sonne les heures au clocher de notre église.
Jadis, on sonnait les cloches depuis le porche d'entrée, les trous dans la voûte destinés au passage des cordes furent bouchés en 1862. Mais, un petit escalier qui partait depuis la galerie permettait au sonneur de se rendre dans le clocher. Et là-haut, notre sonneur éprouvait-il cette même joie, qu'appréciait si fort Quasimodo de Notre-Dame de Paris, de brimbaler à tour de bras de lourdes cloches et de les entendre jeter dans l'air leurs trilles harmonieux.
Les fonctions de sonneur étaient très importantes, la voix des cloches n'était pas seulement un appel, mais une invitation adressée à tous les chrétiens. Un dicton le relève d'ailleurs fort bien:
- Le clocher se confond avec la paroisse même -.
A Châtillens, depuis 1889, cette charge était assurée par la famille Jan. Tout d'abord par Frédéric et ensuite par son fils Daniel Jan qui fut sonneur et concierge pendant 40 ans. De nombreuses personnes se souviennent certainement de Daniel Jan - dit, Daniel à Madelon - père de Mesdames Juliette Noverraz et Isabelle Jan.
Lors de son décès, survenu en mai 1956, un article paru dans le "Semeur Vaudois" lui rendait cet hommage: Typiquement de chez nous par un mélange de sérieux dans ses fonctions et de gaîté dans le caractère, M. Jan avait un don particulier pour rendre accueillante la Maison de Dieu. Ses fonctions de concierge ne se bornaient pas à la balayer, la chauffer, l'aérer ou la décorer en toute saison de fleurs ou de verdure; il avait au plus haut point le sens de l'accueil, saluant tous les fidèles à leur arrivée ou à leur sortie, leur serrant la main leur disant un mot, donnant ainsi à tous le sentiment qu'ils étaient attendus et bienvenus au culte. M. Jan a fidèlement servi Dieu et son prochain en servant tout simplement sa paroisse.
Ces quelques lignes du pasteur J. Amiguet, expriment bien tout l'attachement que nous portons à nos clochers:
«Entre le monde visible et le monde invisible, entre la nature et la grâce, le clocher est l'agent de liaison; le phare et la sentinelle. Un paysage sans clocher est un pays décapité».
Tiré des articles parus dans "Le Courrier" d'Oron-la-Ville des 1er et 8 avril 1988, écrits par Elisa Rossier de Châtillens.
Sources:
- Rapport de l'archéologue cantonal Albert Naef du 13.09.1909.
- Correspondance de la maison Rüetschi à Aarau.
- Articles du pasteur E Forel.
- Articles du "Semeur Vaudois".
- Notes de Charles Pasche.